- La dépression associe notamment tristesse durable, perte d’intérêt, ralentissement psychique ou moteur, troubles du sommeil, de l’alimentation et symptômes physiques.
- Ses manifestations varient selon la forme clinique, l’âge et le contexte, avec parfois des caractéristiques anxieuses, psychotiques, saisonnières ou liées au postpartum.
- Des symptômes persistants ou des idées suicidaires nécessitent une consultation professionnelle afin d’évaluer la situation et d’envisager un traitement adapté.
La dépression, une maladie aussi connue qu’énigmatique, a été longtemps décrite, et ce depuis l’antiquité. Le célèbre psychiatre français Pierre Pichot la décrit comme une modification pathologique d’une composante normale de l’humeur, qui est la tristesse.
Pour bien le comprendre, il est important de connaître quelques définitions :
- Les émotions : ce sont un ensemble de sentiments en réaction à une situation.
- L’affect : la tonalité du sentiment, agréable ou désagréable
- L’humeur : c’est la disposition affective de base, qui donne à chacun de nos états d’âme une tonalité agréable ou non, oscillant entre les deux pôles extrêmes de plaisir et de douleur (selon Delay).
Ainsi, les états dépressifs sont un trouble de l’humeur caractérisé par une tristesse prolongée et durable, un ralentissement psychique et physique ainsi que des symptômes de différente signification.
Les symptômes caractérisant la dépression sont nombreux, pouvant parfois mettre en danger la vie de celui qui en souffre. Ils peuvent s’installer progressivement sur plusieurs mois, ou au contraire, apparaître brutalement.
L’humeur dépressive- C’est un vécu pessimiste envahissant toute la vie du sujet, avec une anhédonie (ou perte d’intérêt pour des activités qui étaient appréciées auparavant), un sentiment de dévalorisation avec une importante perte d’estime de soi. Dans les formes graves, cette tristesse devient douloureuse, provoquant une douleur morale.
Ralentissement de la vie psychique- Il est possible de constater une lenteur de la pensée avec un ralentissement du flux verbal (quelquefois, la personne ne parle plus). Des troubles de la mémoire et de la concentration sont rapportés.
Ralentissement des mouvements- Ce symptôme peut aller d’une lenteur modérée à la prostration, voire une catatonie.
Troubles du sommeil- Parmi les signes les plus importants. Le sommeil n’est plus réparateur, avec une insomnie d’endormissement (c’est-à-dire des difficultés à s’endormir) avec des réveils matinaux précoces, parfois à 4h du matin. Quelques fois, au lieu d’avoir une insomnie, c’est une hypersomnie qui est problématique.
Troubles alimentaires- Les plaintes alimentaires sont le plus souvent soit une anorexie, avec une perte de poids, soit une hyperphagie et donc une prise de poids.
Troubles sexuels- La dépression a un effet direct sur la vie sexuelle, source de souffrance pour le patient. Parmi ces troubles, il y a une baisse de la libido, une impuissance chez l’homme et une frigidité chez les femmes.
Les signes somatiques- La dépression peut provoquer des troubles neuro-végétatifs comme des nausées, vertiges, hypotension ou des bouffées de chaleur. Elle est aussi responsable de maux de tête, constipation, des douleurs de dos.
Vous vous sentez triste ces derniers temps et vous vous dîtes peut-être que c’est un coup de blues ou un coup de cafard, sans savoir si c’est une déprime ou une dépression.
La DSM 5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) définit le trouble dépressif caractérisé par des symptômes qui doivent être présents pendant une même période d’une durée de 02 semaines. Ces symptômes représentent un changement par rapport au fonctionnement antérieur. C’est ce critère qui permet de différencier la déprime de la dépression. En effet, la déprime est un état passager, contrairement à la dépression qui est durable.
Il est normal d’avoir le spleen, de se sentir quelquefois triste, irritable sans comprendre pourquoi. Ce sont des expériences humaines normales, que nous pouvons rencontrer plusieurs fois au cours de notre vie. Mais s’ils perdurent, une consultation chez un professionnel vous permettra d’élucider tout doute.
Les formes cliniques sont nombreuses, interférant avec votre quotidien avec un impact grave sur votre santé physique et psychologique. Ces types de dépression peuvent durer des semaines ou des mois.
Dépression mélancolique– C’est une forme grave de la dépression, on y observe une forte intensité de l’humeur dépressive, avec une douleur morale et un désintérêt massif pour toutes les activités du quotidien. Sur le plan physique, il y a un ralentissement moteur majeur, avec mutisme. Certains éléments la caractérisent, comme le profond désespoir et les idées d’incurabilité.
La dépression avec caractéristiques psychotiques- ce type de dépression était autrefois appelé mélancolie délirante ou dépression psychotique. Dans ce cas, il existe des thèmes délirants congruents à l’humeur dépressive.
- Syndrome de Cotard : aussi appelé délire de négation d’organes. Il s’agit d’une forme particulière associant des idées de négation d’organes (par exemple absence d’œsophage), un sentiment d’immortalité et une conviction de damnation.
Dépression avec détresse anxieuse– Ici, le ralentissement psychomoteur est remplacé par une agitation inhabituelle avec une sensation d’énervement et de tension intérieure. Les idées suicidaires sont constantes, avec un risque de raptus anxieux qui peut conduire à une crise suicidaire lorsque l’anxiété atteint son paroxysme.
Dépression névrotique– Elle succède à un événement de valeur névrotique, s’observant le plus souvent chez un sujet porteur de l’une des névroses décrites (angoisse, phobique, obsessionnelle, hystérique). Le facteur déclenchant est un événement objectivement non traumatisant, mais il y a résonance de cet événement, entraînant une décompensation sur un mode dépressif.
Dépression réactionnelle– Le trouble succède à un événement objectivement traumatisant, comme un deuil, perte d’emploi, rupture.
Dépression saisonnière– Elle se manifeste à une période précise de l’année, généralement l’hiver. On peut y observer des caractéristiques atypiques comme une hypersomnie et une augmentation de l’appétit. La rémission s’installe souvent au printemps avec le retour des belles journées.
Trouble dysphorique prémenstruel– Il s’agit d’un état anxiodépressif survenant durant la dernière semaine de la phase lutéale du cycle menstruel (c’est-à-dire quelques jours avant la survenue des règles) et disparaissant quelques jours après l’apparition des menstruations. Les symptômes réapparaissent chaque mois.
Dépression du postpartum– Les symptômes dépressifs surviennent en moyenne 04 semaines après l’accouchement. A ne pas confondre avec le syndrome du troisième jour (Baby Blues) qui est de courte durée, survenant chez 70% des femmes dans les 10 premiers jours après l’accouchement.
Dépression masquée– Il s’agit d’un trouble où les symptômes dépressifs sont masqués par des signes somatiques. La personne peut souffrir de maux de tête, douleur, des troubles digestifs. Parfois les signes dépressifs sont masqués par des conduites inhabituelles comme une anorexie, boulimie, prise de toxiques, fugue…
Dépression mineure– Il a été remarqué qu’un nombre important de patients ont quelques symptômes dépressifs sans pour autant répondre aux critères DSM 5 d’une dépression majeure. Une personne peut souffrir, par exemple, d’une insomnie, d’une perte d’énergie quotidienne et accéder aux soins.
Dépression atypique– Ici, le sujet présente une réactivité de son humeur, s’opposant à l’habituelle humeur triste quotidienne. D’autres plaintes sont parfois rapportées en relation avec cette caractéristique atypique : impression d’avoir les membres lourds, prise de poids, une hypersomnie.
Dépression avec caractéristiques mixtes– Il existe au moins 03 symptômes maniaques ou hypomaniaques associés à ceux de l’épisode dépressif caractérisé.
Dépression d’involution– Elle survient le plus souvent après 50 ans, particulièrement chez les femmes ménopausées. Elle peut associer des plaintes hypocondriaques avec des idées délirantes.
Dépression stuporeuse– La personne présente une inhibition de l’activité de son corps. Elle est dans une attitude prostrée, avec un regard fixe, mutique et ne s’alimente plus.
Dépression chronique– Il s’agit d’un trouble dépressif d’une durée supérieure à 02 années.
Dépression et trouble bipolaire- Il y a coexistence des critères de la dépression et des épisodes maniaques ou hypomaniaques.
La dépression varie dans son expression clinique en fonction de l’âge.
- La dépression chez les enfants : Les symptômes sont différents de chez l’adulte, on peut remarquer une irritabilité, des troubles de la concentration avec un fléchissement scolaire.
- La dépression chez les adolescents : Les troubles ressemblent à ceux décrits chez l’adulte. Certains manifestent une intolérance à la frustration, des accès de colère, un retrait social.
- La dépression chez le sujet âgé : Dans ce cas, la tristesse est moins souvent au premier plan. Il existe des troubles de la mémoire, qui peuvent être intenses, avec un état anxieux qui fait risquer le passage suicidaire.
Se méfier de la forme confuse chez le sujet âgé- Les personnes âgées peuvent se présenter avec un tableau de confusion mentale (avec désorientation temporo-spatiale, des troubles de la vigilance). Il est important d’éliminer une pathologie sous-jacente avant de passer à la médication antidépressive.
Tout type de dépression doit être traité. La souffrance qu’elle provoque ne doit pas être minimisée, particulièrement lorsqu’il existe beaucoup de moyens thérapeutiques pour y remédier.
Lorsque vous consulterez votre médecin, il pourra poser un diagnostic par rapport à la forme clinique de votre dépression et vous proposera la stratégie thérapeutique adéquate à votre situation.
Le traitement biologique
Les antidépresseurs sont un traitement de choix. La réponse au traitement apparaît habituellement après 14 jours. Il existe de nombreuses classes thérapeutiques d’antidépresseurs, pour en citer quelques-uns :
- ISRS (Inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) : Comme la paroxétine, la sertraline et l’escitalopram.
- IRSNA (Inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) : Comme la venlafaxine.
- Les antidépresseurs tricycliques : Comme l’amitriptyline, la clomipramine.
Dans certains cas, votre médecin pourra associer au traitement antidépresseur d’autres molécules, comme
- Des anxiolytiques.
- Des régulateurs de l’humeur.
- Des antipsychotiques.
Les psychothérapies
Les psychothérapies sont nombreuses et sont là pour vous aider. Il existe plusieurs types de thérapies que vous pourrez discuter avec votre thérapeute selon votre préférence et de votre cas. Certaines vous aideront à affronter des situations qui vous paraissent insupportables, d’autres vous permettront de bâtir votre propre estime.
L’électroconvulsivothérapie ou sismothérapie
Il s’agit d’un traitement indiqué dans certains cas de dépressions résistantes. Elle consiste à faire passer un courant électrique à travers le cerveau pour aider les neurotransmetteurs à mieux fonctionner.
Des changements à adopter dans votre quotidien
Que le problème soit physique ou psychologique, il ne peut être résolu sans un petit effort de votre part. Pour aller mieux, vous devez apporter des changements positifs à votre mode de vie :
- Essayez de faire de l’exercice régulièrement et soyez actif.
- Fixez-vous des objectifs atteignables dans la journée.
- Laissez les autres venir vers vous.
- Attendez-vous à ce que votre humeur s’améliore lentement.
- Renseignez-vous sur la dépression et n’hésitez pas à poser des questions à un professionnel de la santé
Quel que soit le type de dépression dont vous, ou un membre de votre entourage souffre, il existe de nombreux moyens diagnostiques et thérapeutiques efficaces. C’est une maladie actuelle, au centre de nombreuses recherches et dont la prise en charge ne cesse et ne cessera de s’améliorer avec le temps.
La souffrance qu’engendre la dépression est invisible à l’œil de l’autre, mais pour celui qui l’endure, il s’agit d’un mal profond qui ne cesse de ronger chaque partie de sa vie. C’est pour cela qu’il est important de se faire aider et de consulter au moindre doute.
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