Une discussion sur la ménopause au travail peut échouer de deux façons : en minimisant des symptômes qui méritent une attention, ou en supposant qu’une professionnelle expérimentée est devenue moins compétente. Les travaux de recherche invitent à poser une question plus précise. Qui rencontre des difficultés, quel soutien ces personnes souhaitent-elles, et la réponse améliore-t-elle leur santé et leur vie professionnelle sans leur imposer un stéréotype ?
Principaux résultats
4 440 : nombre de répondantes incluses dans l’analyse de l’étude américaine sur le travail publiée en 2023.
13,4 % : proportion de répondantes déclarant une conséquence défavorable sur le travail, parmi celles définies dans l’étude, attribuée aux symptômes de la ménopause.
10,8 % : proportion de répondantes déclarant des absences au travail au cours des 12 mois précédents. Parmi elles, la médiane était de trois jours.
Environ 1,8 milliard de dollars : pertes annuelles aux États-Unis liées aux journées d’absence, selon la modélisation de l’étude.
L’échantillon, composé principalement de femmes blanches ayant un niveau d’études relativement élevé, n’était pas représentatif de l’ensemble des femmes actives, des cadres dirigeantes ou des personnes fortunées. Le montant économique est une extrapolation, et non un total établi à partir de données de paie auditées. [1]
Une minorité non négligeable a signalé des perturbations
Source : Faubion et ses collègues. Les catégories se chevauchent et ne peuvent pas être additionnées. La majorité n’a pas signalé les conséquences défavorables sur le travail mesurées dans l’étude ; cela n’invalide pas l’expérience de celles qui les ont signalées. [1]
Ce résultat plaide pour un soutien adapté aux besoins plutôt que pour une présomption générale de diminution des capacités à un âge donné. Une organisation devrait pouvoir reconnaître les symptômes sans en faire l’explication de toutes les difficultés au travail.
L’estimation en milliards de dollars n’est pas une facture pour l’entreprise
L’estimation de 1,8 milliard de dollars traduit les absences déclarées en un impact économique modélisé. Elle ne permet pas d’établir les pertes d’un employeur particulier en multipliant simplement le nombre de salariés en milieu de vie par un salaire moyen. Les hypothèses initiales et la population étudiée comptent. [1]
| Chiffre | Signification | Ne correspond pas à |
|---|---|---|
| 4 440 | Répondantes incluses dans l’analyse | Un recensement des femmes actives ou des dirigeantes |
| 13,4 % | Au moins une conséquence défavorable sur le travail définie dans l’étude | L’ensemble des femmes incapables de travailler |
| 10,8 % | Absences au travail déclarées et attribuées aux symptômes | Une sortie définitive de l’emploi |
| 1,8 milliard de dollars | Impact national modélisé des journées d’absence | Des pertes observées dans chaque entreprise |
Pour une société de professionnels associés ou une entreprise familiale, l’étape suivante consiste à comprendre les besoins réels. Une estimation nationale peut amorcer cette discussion, mais ne devrait ni remplacer une évaluation de la situation au travail ni prédire les performances d’une collègue.
L’argument financier ne devrait pas non plus devenir la seule raison d’accorder de l’importance au soutien. La santé et les préférences d’une personne méritent une attention, même lorsqu’un retour économique précis n’a pas été calculé.
La question clinique n’oppose pas les hormones à la santé mentale
Le NICE distingue les symptômes dépressifs d’un trouble dépressif diagnostiqué. Ses recommandations sur la ménopause envisagent une prise en charge adaptée des symptômes, tout en orientant les cliniciens vers les recommandations sur la dépression lorsqu’une dépression est suspectée ou diagnostiquée. Une thérapie cognitivo-comportementale spécifique à la ménopause constitue une option pour certains symptômes, selon les besoins et les préférences. [2]
Il s’agit donc d’éviter une fausse alternative. Toutes les difficultés du milieu de vie n’ont pas une seule explication, et les symptômes associés à la ménopause ne dispensent pas d’autres évaluations. Un échange avec l’employeur ne devrait pas se transformer en diagnostic.
Une personne qui choisit une prise en charge privée peut demander comment sont pris en compte les troubles du sommeil, les symptômes de la ménopause, la dépression, l’anxiété et les autres facteurs contributifs possibles. Si plusieurs domaines nécessitent une attention, qui coordonne le programme de soins ? La réponse devrait expliquer l’articulation des soins sur le plan clinique, plutôt que promouvoir un produit ou une thérapie universels.
Les responsabilités de direction changent l’organisation, pas les données scientifiques
L’étude n’analyse pas séparément les fondatrices ou les directrices générales. Elle ne peut pas montrer qu’un niveau élevé de responsabilité augmente ou réduit les symptômes. Pour les personnes concernées, l’enjeu pertinent porte sur l’accès, la prise de décision et le soutien, plutôt que sur un taux de prévalence inventé pour les fonctions dirigeantes.
Une professionnelle exerçant des responsabilités élevées peut préférer des rendez-vous flexibles, un parcours confidentiel ou des conseils sur les exigences du travail. Ce sont des possibilités à discuter, et non des présupposés applicables à toutes les personnes occupant ces fonctions. Les ressources peuvent élargir les options sans supprimer la nécessité d’une évaluation appropriée.
Le principe devrait être le même à tous les niveaux de responsabilité : écouter les préoccupations de la personne et distinguer le soutien d’un jugement sur sa compétence. Le salaire ou le titre ne devraient pas déterminer si les symptômes sont pris au sérieux.
Le soutien ne devrait pas créer une nouvelle étiquette pour les salariés
Un programme mal conçu pourrait pousser les personnes à communiquer des informations qu’elles préféreraient garder privées, ou faire de variations normales un sujet de préoccupation concernant les performances. Les modalités d’accès devraient être claires, tandis que la participation et la communication d’informations restent encadrées de manière appropriée.
Il s’agit d’une recommandation sur la conception des programmes, et non d’un conseil en droit du travail. Les organisations présentes au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Europe et dans les pays du Conseil de coopération du Golfe ont besoin de conseils adaptés à leur situation. Les mêmes présupposés concernant le partage d’informations ne devraient pas être imposés partout.
Un dossier médical, une confirmation de rendez-vous et une demande d’aménagement du travail sont des informations de nature différente. La personne devrait comprendre ce qui est partagé et pourquoi. Financer un rendez-vous ne devrait pas automatiquement donner accès à ses conclusions détaillées.
L’annonce d’une politique n’est pas une évaluation de ses résultats
The Menopause Society a lancé Making Menopause Work en septembre 2024, sur la base de recommandations de consensus concernant le milieu professionnel. Cette initiative vise à améliorer la compréhension et le soutien. Son existence ne permet pas de quantifier ce que le programme d’un employeur particulier a changé en matière de symptômes, de qualité de vie ou de maintien dans l’emploi. [3]
Une évaluation utile définit l’objectif avant de mesurer la réussite. Un accès facilité, de meilleures connaissances, moins de divulgations non souhaitées, un moindre retentissement et un meilleur maintien dans l’emploi sont des résultats différents. Chacun nécessite une mesure correspondante.
La présence à un séminaire témoigne d’une participation, pas d’une amélioration de la santé. La satisfaction peut indiquer une expérience positive sans établir un effet clinique. Un programme peut rendre compte à la fois de son fonctionnement et de ses résultats en matière de santé sans les confondre dans un pourcentage unique de réussite.
Ce que la prise en charge privée devrait mesurer
| Domaine | Informations utiles | Limite |
|---|---|---|
| Évaluation | Symptômes, chronologie, sévérité et retentissement | L’âge seul ne constitue pas une évaluation |
| Santé | Mesures appropriées des symptômes et de la qualité de vie | Une amélioration ne prouve pas que tous les domaines se sont améliorés |
| Travail | Retentissement et objectifs définis par la patiente | Le maintien dans l’emploi n’est pas le seul objectif légitime |
| Expérience | Compréhension, choix et confiance | La satisfaction ne mesure pas l’ampleur d’un effet clinique |
| Continuité | Réévaluation et responsabilité des ajustements | Une consultation ne suffit pas à établir un bénéfice durable |
Certaines personnes souhaitent conserver les mêmes fonctions ; d’autres font le choix réfléchi d’un changement. Un cadre de suivi des résultats ne devrait pas considérer tout changement de carrière comme un échec. La santé et les préférences de la patiente comptent autant que l’objectif de l’employeur.
Le suivi devrait également identifier les personnes effectivement jointes et les autres soins reçus. Un résultat favorable parmi les répondantes ne peut pas être automatiquement appliqué à toutes les personnes ayant commencé un traitement.
Convertir une devise ne crée pas de données locales
Convertir l’estimation des coûts américains en livres sterling, en euros, en francs suisses ou en dirhams changerait la devise, pas la population. Les caractéristiques de l’emploi, les salaires, l’accès, la composition de l’échantillon et les hypothèses de mesure resteraient différents.
Une étude internationale utile pourrait employer des questions cohérentes dans des populations définies. Elle devrait recueillir le niveau de responsabilité professionnelle et les modalités de travail sans assimiler le revenu d’un pays à la fortune individuelle. L’absence de données locales sur les résultats devrait rester une lacune, et non être interprétée comme un taux nul.
La composition de l’échantillon de 2023 mérite également une attention. Une étude plus large pourrait examiner différents groupes ethniques, professions et situations financières, y compris des personnes qui ne sont plus en emploi. Un échantillon limité aux personnes en activité peut ne pas rendre compte d’expériences importantes en dehors des emplois actuels.
La question des fonctions dirigeantes mérite une meilleure conception de recherche
Une recherche spécifique aux fonctions dirigeantes devrait identifier les responsabilités réelles plutôt que les déduire du niveau d’études ou du revenu. Une personne à hauts revenus n’occupe pas nécessairement un poste décisionnel de haut niveau, et une fondatrice n’est pas nécessairement fortunée.
Suivre les participantes dans le temps pourrait montrer comment évoluent les symptômes, les expériences professionnelles et les soins. Ce serait plus instructif que de transformer une association observée à un moment donné en prévision de la carrière future d’une personne.
Aucune nouvelle étude n’est présentée ici. Les données existantes aident à définir les prochaines questions tout en préservant la distinction entre les résultats observés dans l’échantillon, les recommandations cliniques et les évaluations proposées.
Garder les priorités de la personne au cœur de l’évaluation
Un programme de soutien devrait demander quelles difficultés comptent pour la personne avant de choisir un indicateur de résultat. Une diminution des journées d’absence peut être pertinente, mais elle ne démontre pas automatiquement un meilleur sommeil, une réduction des symptômes ou une charge de travail plus soutenable. Plusieurs mesures peuvent offrir une vision plus claire qu’un seul chiffre clé sur la présence au travail.
De même, une personne qui change ses modalités de travail peut faire un choix positif. Un programme ne devrait pas qualifier ce résultat d’échec simplement parce qu’il ne maximise pas les heures travaillées. L’objectif clinique et le résultat souhaité par l’organisation en matière d’effectifs peuvent être discutés sans être considérés comme identiques.
Pour une entreprise familiale ou une société de professionnels associés, cette distinction rend le soutien plus crédible. Elle laisse une place à des soins appropriés sans transformer une transition naturelle de la vie en présupposé sur les capacités ou la contribution future d’une personne.
Ce que les chiffres ne peuvent pas nous dire
Ces pourcentages ne sont pas des taux applicables à toutes les femmes actives ou dirigeantes. Le total économique est modélisé, et non issu de dépenses auditées. La ménopause n’explique pas toutes les préoccupations de santé mentale du milieu de vie, et les données ne justifient ni une divulgation obligatoire ni un programme de soins uniforme.
En conclusion
Les professionnelles expérimentées devraient pouvoir obtenir des soins appropriés sans que leurs difficultés soient minimisées ni qu’elles soient enfermées dans des stéréotypes. L’étude rend visibles les perturbations vécues par une minorité non négligeable, tout en montrant pourquoi les présupposés généralisés sont erronés. Un prestataire de soins devrait expliquer ce qu’il a évalué, ce qui a changé et ce qui sera réexaminé ultérieurement.
Pour les journalistes
Comparaison clé : 13,4 % ont déclaré une conséquence défavorable sur le travail et 10,8 % des absences au travail dans l’échantillon américain étudié.
Réserve importante : des conséquences qui se chevauchent dans un échantillon sélectionné, et non une diminution universelle des capacités à exercer des fonctions dirigeantes.
Attribution suggérée : THE BALANCE propose une analyse des recherches sur la ménopause au travail et des questions d’évaluation des soins.
Méthodologie et sources
Cette analyse narrative distingue les résultats autodéclarés, l’extrapolation économique, les recommandations et les annonces de programmes. Elle ne rapporte aucun effet thérapeutique spécifique aux personnes fortunées, ni aucune évaluation d’un employeur ou d’une clinique.
- Faubion et ses collègues. Symptômes de la ménopause et conséquences sur le travail. Mayo Clinic Proceedings, 2023. DOI : 10.1016/j.mayocp.2023.02.025.
- NICE NG23. Ménopause : identification et prise en charge, y compris les mises à jour de 2024.
- The Menopause Society. Making Menopause Work, septembre 2024.


