L’expression « empathe sombre » est issue de la recherche sur la personnalité et s’est popularisée en ligne. Elle ne constitue ni un diagnostic clinique ni une étiquette fiable pour déterminer si un partenaire, un collègue ou un ami est dangereux. Pour comprendre ce terme, il faut distinguer les travaux de recherche d’origine des certitudes souvent ajoutées sur les réseaux sociaux.
D’où vient ce terme ?
L’étude de Heym et de ses collègues, publiée en 2021, a exploré des profils associant des scores d’empathie à des traits communément appelés la triade sombre : le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie. Les auteurs ont décrit un groupe présentant à la fois des traits sombres marqués et de l’empathie. Leur université présente cette notion comme un construit de recherche qui continue de faire l’objet d’études.
Un groupe identifié dans une étude ne constitue pas un nouveau trouble. Sa fréquence dans cet échantillon ne correspond pas automatiquement à sa prévalence dans la population générale. L’étude n’établit pas non plus de liste de critères permettant aux lecteurs de diagnostiquer une autre personne à partir de ses manières, de son assurance ou de sa compréhension des émotions.
L’empathie ne répond pas à toutes les questions sur une relation
Reconnaître les émotions d’une autre personne, les partager et choisir d’agir avec considération sont des notions liées, mais distinctes. Une personne peut comprendre ce qu’une autre ressent tout en ayant un comportement blessant. À l’inverse, une difficulté à exprimer de la chaleur ne prouve pas une intention manipulatrice.
Les descriptions en ligne rendent souvent cette étiquette impossible à réfuter : la gentillesse est interprétée comme une façade, le désaccord comme de la manipulation et la distance comme la preuve d’intentions cachées. Cela laisse peu de place au contexte ou à d’autres explications. Cela peut aussi inciter à passer davantage de temps à classer quelqu’un dans une catégorie qu’à décider des comportements que l’on est prêt à accepter.
Se concentrer sur les comportements observables
Posez-vous des questions concrètes. Vos limites sont-elles régulièrement ignorées ? Subissez-vous des pressions pour remettre de l’argent, communiquer vos mots de passe ou renoncer à vos contacts avec d’autres personnes ? Les menaces, la surveillance ou l’intimidation vous empêchent-elles de faire librement vos propres choix ? Ces préoccupations méritent de l’attention, quels que soient le diagnostic ou le profil de personnalité de l’autre personne.
Lorsqu’un désaccord peut être abordé sans danger, poser une limite claire peut consister à décrire le comportement concerné et ce que vous ferez s’il se poursuit. En cas de contrainte, de harcèlement ou de crainte de représailles, une confrontation ou l’annonce soudaine de votre départ peut accroître le risque. Recherchez un soutien individualisé auprès d’un service local d’aide aux victimes de violences conjugales. Les ressources de la National Domestic Violence Hotline consacrées à l’élaboration d’un plan de sécurité expliquent pourquoi ce plan doit être adapté à la situation de la personne.
Peut-on demander de l’aide sans cette étiquette ?
Oui. Une thérapie peut aborder les conflits récurrents, la détresse, les comportements préjudiciables ou les difficultés à gérer les émotions sans considérer l’« empathe sombre » comme un trouble. Un professionnel doit évaluer les préoccupations réelles, discuter d’objectifs réalistes et prendre en compte tout trouble concomitant. Rien ne justifie ici de promouvoir un traitement spécifique censé guérir ce profil ni de supposer que toutes les personnes auxquelles cette étiquette est attribuée ont besoin d’une prise en charge résidentielle.


