Leadership & soins
De l’idée d’un fondateur à la responsabilité au quotidien
Un échange sur la création de THE BALANCE soulève une question pratique : comment une raison d’être claire devient-elle un service compréhensible et utilisable ?
Philipp Westermeyer interroge Abdullah Boulad, fondateur de THE BALANCE, dans l’épisode 860 d’OMR Podcast. Tanja Rabe a rédigé l’article de fond qui l’accompagne.
Dans un épisode du podcast OMR de décembre 2025, Abdullah Boulad échange avec Philipp Westermeyer sur son parcours et le développement de THE BALANCE. Un entretien avec un fondateur porte naturellement sur la personne à l’origine d’une organisation : les expériences, les décisions et les ambitions qui ont donné forme à son idée. Il invite aussi à s’interroger sur ce qui se passe après les débuts.
Comment une raison d’être devient-elle un repère sur lequel chacun peut compter au quotidien ? Dans une structure de soins, cette question va au-delà d’un récit convaincant des origines. Elle concerne les personnes qui prennent les décisions, la manière dont les collègues communiquent et la compréhension qu’a une personne de l’accompagnement proposé. Cet éditorial explore ces liens concrets. Le récit d’un fondateur apporte un contexte, tandis que la responsabilité au quotidien permet à chacun de poser des questions précises sur le service envisagé. Les deux peuvent coexister sans demander à un récit personnel de répondre à des questions qui relèvent de l’évaluation professionnelle et des pratiques de l’organisation.
Quatre questions à préparer
Quel aspect de la raison d’être de l’organisation devrait-on pouvoir reconnaître dans la pratique quotidienne ?
Qui assume la responsabilité du jugement clinique, de la coordination et des dispositions pratiques entourant les soins ?
Comment le personnel et les clients peuvent-ils poser des questions lorsqu’une expérience ne correspond pas à leurs attentes ?
Quels éléments montreraient qu’un retour d’expérience a conduit à une décision claire ou à un changement utile ?
Traduire une intention générale en action observable
Des termes comme personnalisé, attentif et coordonné peuvent exprimer des ambitions sincères. Ils deviennent plus utiles lorsque l’on peut décrire ce qu’ils signifient dans une situation précise. Une attention personnalisée peut consister à demander à une personne comment elle préfère recevoir les informations. La coordination peut consister à désigner la personne qui rassemblera les recommandations. Une organisation peut s’appuyer sur ces exemples pour rendre ses intentions compréhensibles sans affirmer qu’un processus garantit un résultat particulier.
Pour un exercice pratique, choisissez une intention formulée par l’organisation et imaginez une prise de contact ordinaire. Une personne prépare un premier entretien, un membre de la famille s’interroge sur les horaires ou un professionnel a besoin d’une précision lors d’une transmission. Demandez-vous quelle action refléterait l’intention annoncée à cet instant. Puis demandez qui doit veiller à sa réalisation.
Cela transforme une ambition abstraite en une question dont on peut discuter. Cela révèle aussi les différences d’interprétation d’une même expression. Un collègue peut assimiler la réactivité à une disponibilité immédiate, tandis qu’un autre y voit le fait de fournir une réponse exacte dans un délai convenu. Clarifier cette différence rend l’attente plus utile pour tous ceux qui doivent y répondre ou pouvoir s’y fier.
Rendre la coordination compréhensible pour la personne soignée
La coordination est souvent décrite du point de vue de l’organisation : équipes, réunions, plannings et systèmes. La personne qui reçoit des soins la vit plus simplement. Elle remarque si elle comprend le programme, si les consignes sont cohérentes et si sa question parvient à quelqu’un capable d’y répondre. Envisager la coordination sous cet angle peut révéler des lacunes qu’un schéma interne ne montre pas.
Une situation ordinaire illustre cette question. Une personne apprend qu’un rendez-vous a été déplacé, mais ne sait pas si le reste de sa journée a changé. Un message exact précisant ce qui est confirmé, ce qui reste inchangé et à qui s’adresser peut rendre l’organisation plus claire. La tâche est modeste, mais elle relie l’organisation pratique à la capacité de la personne à prendre part au déroulement de sa journée.
Demandez comment les informations nouvelles pertinentes sont partagées et comment la personne peut vérifier qu’elle a bien compris. Si des personnes de soutien interviennent, clarifiez leur rôle et l’autorisation nécessaire pour communiquer avec elles. Si plusieurs professionnels contribuent à la prise en charge, identifiez le principal interlocuteur chargé de la coordination. Ces questions ne nécessitent pas d’accéder aux échanges internes confidentiels. Elles invitent l’organisation à expliquer comment son travail se traduit par une expérience cohérente pour la personne qui en est au centre.
Faire une place aux informations qui remettent le récit en question
Le récit fondateur d’une organisation peut avoir du sens sans décrire toutes les expériences ultérieures. Le personnel et les clients doivent disposer d’un moyen de signaler qu’une chose ne s’est pas déroulée comme prévu. Un processus utile de recueil des retours invite à fournir des informations concrètes : ce qui s’est passé, ce qui a été compris, les effets produits et la réponse qui serait utile. Il est alors plus facile de traiter une préoccupation que de débattre des bonnes intentions de l’organisation.
Les dirigeants peuvent se demander si la démarche permettant de signaler une préoccupation est visible et accessible. La personne sait-elle qui contacter ? Peut-elle expliquer le problème sans avoir à le répéter inutilement ? Quelqu’un lui indiquera-t-il la suite donnée ? Ce sont des questions pratiques sur le traitement des demandes, et non une promesse de résoudre immédiatement tout désaccord.
La réponse doit distinguer la reconnaissance de l’expérience vécue de la conclusion. On peut reconnaître qu’une expérience a été difficile tout en recueillant des informations sur les faits. Une fois la décision prise, en expliquer les raisons et les éventuelles étapes suivantes permet de donner une suite au retour reçu. Si rien ne change, la personne devrait néanmoins recevoir une réponse claire, lorsque cela est approprié. L’écoute devient crédible grâce à ce suivi, plutôt qu’à une invitation à s’exprimer qui reste ensuite sans suite.
Laisser les enseignements guider l’évolution de l’organisation
Une raison d’être peut rester reconnaissable tandis que sa mise en œuvre évolue. Une équipe peut découvrir qu’une explication est trop compliquée, qu’une transmission manque de contexte ou qu’un planning laisse trop peu de place aux questions. Ces observations offrent des occasions d’améliorer un processus. Elles n’ont pas besoin de donner lieu à une déclaration spectaculaire selon laquelle toute l’approche initiale était erronée.
Une méthode d’examen utile part d’un point de difficulté précis. Décrivez l’organisation actuelle, la difficulté rencontrée et le changement envisagé. Déterminez qui devrait contribuer à cet examen et quelles informations aideraient à évaluer ce changement. Une modification modeste, clairement décrite, est plus facile à évaluer qu’une promesse générale de devenir plus attentif à chacun ou plus efficace.
Apprendre implique aussi de préserver ce qui fonctionne déjà. Demandez quels aspects d’une expérience sont appréciés et pourquoi. Un interlocuteur connu, une synthèse écrite compréhensible ou un point d’information fiable peuvent compter davantage qu’une nouveauté. Intégrer ces observations aux décisions permet d’ancrer l’évolution dans l’usage réel. L’organisation peut alors évoluer en reflétant à la fois sa raison d’être initiale et les détails auxquels les personnes lui ont appris à prêter attention.
Mettre le récit du fondateur en regard des questions du quotidien
Un podcast offre le temps d’écouter un fondateur décrire les décisions à l’origine d’une organisation. Les auditeurs peuvent y trouver des éléments qui font écho à leurs propres expériences ou soulèvent des questions qu’ils n’avaient pas envisagées. Il est utile de conserver cette curiosité tout en distinguant un récit personnel des informations nécessaires à une décision de soins individuelle.
Après l’écoute, notez une idée qui vous a intéressé et une question pratique qu’elle suscite. L’accent mis sur l’attention individuelle peut conduire à s’interroger sur la manière dont les préférences sont consignées. Une discussion sur le travail d’équipe peut amener une question sur la coordination. Ce petit travail de transposition permet de faire d’un échange public le point de départ d’une démarche plus précise.
Assumer ses responsabilités implique aussi d’expliquer les limites d’une réponse. Un collègue peut savoir comment un rendez-vous est organisé sans être en mesure d’interpréter une recommandation clinique. Indiquer qui peut répondre à la question est utile si cela s’accompagne d’une mise en relation clairement organisée. L’organisation peut ainsi rester utile sans brouiller les rôles professionnels. Le même principe s’applique aux entretiens publics : un discours sur la raison d’être peut décrire une intention, tandis que les questions relatives aux soins d’une personne nécessitent un échange individuel. Les lecteurs peuvent s’appuyer sur cette distinction pour déterminer leurs prochaines questions. Plutôt que d’attendre d’un podcast qu’il dissipe toutes leurs préoccupations, ils peuvent identifier l’aspect du récit qui compte pour eux et demander les précisions pertinentes aux personnes responsables. La curiosité conduit alors à un échange concret, et l’organisation a l’occasion de montrer comment ses intentions se traduisent chaque jour par une explication ou une disposition précise.
Le lien le plus utile entre raison d’être et responsabilité se voit dans les gestes ordinaires : une explication claire, une décision appropriée, une question transmise à la bonne personne et une réponse lorsqu’un point nécessite de l’attention. Un fondateur peut présenter l’intention. L’ensemble de l’organisation lui donne une forme quotidienne que chacun peut comprendre, interroger et éprouver par lui-même.
Intervenant à la une
Abdullah Boulad
Fondateur de THE BALANCE ; personne interrogée dans la source
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