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Telegraph · Réflexions éditoriales

Faire de la charge de travail un sujet de direction

Une approche pratique pour aborder les exigences, les pouvoirs de décision et les capacités réelles lorsque le travail devient difficile à tenir dans la durée.

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TelegraphArticle de fond journalistique

Workplace burnout and senior executives

Article de Charlotte Lytton · 10 juillet 2024

Avec la participation du fondateur de THE BALANCE, Abdullah Boulad.

Une discussion sur la charge de travail peut perdre son sens lorsqu’elle devient un débat sur la capacité de chacun à faire preuve de résilience. La question pratique est de savoir ce que le travail exige, quelles capacités sont disponibles et qui a le pouvoir de modifier l’organisation en place. Ces questions comptent à tous les niveaux d’une organisation, y compris lorsque la personne en difficulté exerce elle-même des fonctions de direction.

Cet éditorial original explore une manière d’aborder un travail exigeant sans obliger une personne à dévoiler davantage d’informations personnelles qu’elle ne le souhaite. Il examine les priorités contradictoires, les responsabilités invisibles, les pouvoirs de décision et le réexamen des changements convenus. L’Organisation mondiale de la Santé identifie les charges de travail excessives et le manque de maîtrise sur son travail parmi les risques pour la santé mentale. Ses recommandations comprennent des modifications des conditions de travail. Cela justifie d’examiner l’organisation du travail parallèlement à tout soutien individuel dont une personne pourrait avoir besoin.

Quatre questions à préparer

  1. Quelles exigences se disputent le même temps ou la même attention ?

  2. Quel travail se poursuit parce que personne n’a explicitement décidé de l’arrêter ?

  3. Qui a le pouvoir de modifier l’organisation en place ?

  4. Comment saurons-nous si un aménagement convenu est respecté ?

Rendre les exigences visibles

Commencez par décrire le travail tel qu’il se déroule réellement. Incluez les tâches planifiées, les interruptions, les validations, la préparation et les échanges nécessaires pour faire avancer les choses. Un agenda peut faire apparaître les réunions tout en masquant le travail nécessaire en amont et en aval. Une fiche de poste peut énumérer les responsabilités officielles sans rendre compte des questions qui reviennent régulièrement à une personne en raison de son expérience, de sa disponibilité ou de la confiance qu’elle inspire.

Choisissez une période représentative et décrivez les principales exigences dans un langage courant. Il n’est pas nécessaire de justifier chaque minute. L’objectif est de rendre les attentes concurrentes suffisamment visibles pour permettre une décision. Par exemple, on peut attendre d’une personne qu’elle pilote un projet, valide des demandes courantes et reste immédiatement disponible pour plusieurs équipes. Chaque attente peut sembler raisonnable prise isolément, alors que leur combinaison est difficile à maintenir dans la durée.

Distinguez ce qui est nécessaire de ce qui est devenu une habitude. Demandez qui attend une tâche donnée, à quel résultat elle contribue et ce qui se passerait si son calendrier ou son format changeait. Évitez de supposer qu’une routine ancienne est nécessaire simplement parce qu’elle est familière. De même, ne minimisez pas les responsabilités qui vous sont moins visibles. Une discussion utile fait apparaître l’ensemble des exigences afin que les personnes concernées puissent décider de ce qui mérite de l’attention et de ce qui peut changer.

Transformer les priorités concurrentes en choix explicites

Lorsque tout est présenté comme urgent, la personne qui effectue le travail peut être amenée à faire des arbitrages invisibles. Rendez ces choix explicites. Demandez quel résultat est prioritaire, quelle échéance peut être décalée et quel niveau de détail est approprié. La décision devrait revenir à une personne ayant le pouvoir d’en assumer les conséquences, plutôt que d’être laissée à quelqu’un dont on attend qu’il réponde à des exigences incompatibles.

Prenons une équipe à qui l’on demande de préparer une présentation importante tout en continuant à produire ses rapports habituels. Une possibilité consiste à modifier la date de la présentation ; une autre, à alléger les exigences de rapport pendant une période définie. Une troisième peut consister à apporter une aide supplémentaire. Il ne s’agit pas de dire qu’une option fonctionne toujours. L’essentiel est qu’un choix concret puisse être discuté, confié à une personne responsable et réexaminé.

Consignez par écrit ce qui devient moins prioritaire, ainsi que ce qui reste important. Sinon, le travail reporté risque de réapparaître plus tard sous la forme d’un retard inexpliqué ou d’un reproche de performance insuffisante. Précisez qui communiquera la décision aux personnes concernées. Une discussion sur la charge de travail devient plus utile lorsqu’elle aboutit à un arbitrage convenu, à la désignation d’une personne chargée de le communiquer et à une date pour réexaminer l’organisation retenue. Des encouragements généraux peuvent accompagner cette décision, mais ils ne peuvent pas faire disparaître les exigences contradictoires.

Examiner où les décisions se bloquent

Une partie de la charge de travail provient de l’incertitude quant aux personnes habilitées à décider. Une question mineure peut passer par plusieurs personnes ou revenir régulièrement parce que personne ne sait quelle réponse fait autorité. Repérez les décisions qui entraînent des retards, du travail en double ou des remontées hiérarchiques inutiles. Demandez si la personne qui reçoit la question dispose du pouvoir et des informations nécessaires pour la résoudre.

Une personne exerçant des fonctions de direction peut, sans le vouloir, devenir le point de passage de toutes les exceptions. Clarifier les limites du pouvoir de décision peut modifier ce fonctionnement. Par exemple, une équipe pourrait être autorisée à procéder à des ajustements courants dans un périmètre convenu, les cas inhabituels étant transmis à un collègue désigné. Cette organisation devrait prévoir la possibilité de demander conseil sans retransférer à la direction la responsabilité de chaque décision.

Discutez de la manière dont les erreurs et l’incertitude seront traitées. Les personnes peuvent continuer à faire remonter des questions ordinaires si les conséquences d’une décision sont floues. Un accord pratique peut préciser quelles décisions doivent être consignées, lesquelles nécessitent une consultation et quand un bilan aura lieu. Cela donne à l’organisation un moyen de tirer des enseignements du dispositif. Cela aide aussi à distinguer un véritable besoin d’appréciation par la hiérarchie d’une habitude de rechercher une validation rassurante. Réduire les remontées inutiles peut dégager de la marge, mais ce changement nécessite un pouvoir de décision clairement défini et un soutien pour être applicable.

Maintenir les échanges sur la santé dans leur juste cadre

Une personne peut décrire une difficulté professionnelle sans expliquer tous les aspects de sa santé. Demandez quelles informations pratiques sont nécessaires pour envisager un aménagement et à qui elles doivent être transmises. Le rôle d’un responsable peut comprendre des échanges sur les responsabilités, la disponibilité et le soutien convenu. Les questions cliniques relèvent de professionnels qualifiés. Bien distinguer ces rôles peut rendre la discussion au travail moins intrusive et mieux ciblée.

Une personne pourrait indiquer que ses horaires actuels sont difficiles à maintenir dans la durée et demander à discuter d’une autre organisation. L’étape suivante pourrait consister à clarifier les exigences et les options disponibles, en s’appuyant, le cas échéant, sur les procédures pertinentes au sein de l’organisation. Cela ne devrait pas obliger les collègues à juger si la détresse de la personne est suffisamment convaincante. Lorsque des recommandations professionnelles entrent en jeu, discutez de la manière de communiquer leurs implications pratiques sans détails personnels inutiles.

Les personnes exerçant des fonctions de direction ont elles aussi besoin d’un cadre pour ces échanges. Réfléchissez à qui peut les aider à examiner leurs capacités disponibles, à partager leur pouvoir de décision et à rendre une absence possible si nécessaire. Selon l’organisation, il peut s’agir d’un collègue de confiance, d’un représentant du conseil d’administration ou d’un autre interlocuteur approprié. Le dispositif ne devrait pas reposer uniquement sur des promesses informelles. Définissez la décision à prendre, les informations nécessaires et les personnes autorisées à participer. Le respect de la vie privée et la clarté pratique peuvent aller de pair.

Vérifier que l’aménagement se concrétise au quotidien

Un changement convenu peut sembler clair en réunion et disparaître au cours de la semaine suivante. Vérifiez comment il sera mis en œuvre. Si la disponibilité change, actualisez les circuits par lesquels les demandes de travail arrivent. Si une responsabilité est transférée, assurez-vous que la personne qui la reprend l’a acceptée. Si une échéance change, informez les personnes dont les projets en dépendent. Ces détails déterminent si l’aménagement s’intègre au travail habituel.

Imaginez qu’il soit convenu qu’une personne salariée n’assistera plus à une réunion récurrente, alors que tout le monde attend toujours qu’elle lise un long compte rendu et réponde immédiatement aux questions qui suivent. Le rendez-vous visible a disparu, mais une grande partie des exigences demeure. Demandez ce que le changement est censé permettre et si les attentes qui l’entourent servent cet objectif. Cela rend le bilan plus précis que le simple fait de demander si la personne se sent mieux.

Sollicitez les retours des personnes concernées, y compris de celles qui reprennent du travail supplémentaire. Un aménagement ne devrait pas transférer silencieusement une charge ingérable à quelqu’un d’autre. Examinez ce qui peut être supprimé, simplifié ou différé à l’échelle de l’équipe. Si le premier dispositif ne fonctionne pas, identifiez l’obstacle précis et révisez-le. L’objectif est de créer une répartition opérationnelle des responsabilités, plutôt qu’une exception temporaire qui dépend de négociations continuelles ou de rappels formulés avec des excuses par une seule personne.

Prenez en compte les demandes qui arrivent en dehors du processus convenu. Une nouvelle tâche peut être adressée directement à la personne dont la charge de travail était censée changer. Décidez qui la réorientera et expliquera les priorités actuelles. Sinon, la personne doit sans cesse défendre un accord déjà conclu par l’organisation. Intégrer cette réponse au plan apporte un soutien concret à l’aménagement et évite que chaque exception ne devienne une nouvelle négociation sur les capacités disponibles dans le travail quotidien.

Intégrer le réexamen à l’accord

Fixez une date de réexamen lorsque vous convenez d’un changement. Déterminez quelles informations seront utiles : quelles exigences restent difficiles à satisfaire, si les responsabilités sont claires et si l’organisation convenue est respectée. Évitez de transformer ce bilan en examen de la santé privée d’une personne. Il peut porter sur le travail tout en laissant les questions cliniques aux professionnels compétents et à la personne concernée.

Demandez si les hypothèses de départ étaient exactes. Le volume des demandes a peut-être été sous-estimé, ou un projet supposé temporaire s’est pérennisé. Un réexamen donne à l’organisation l’occasion de reconnaître ces changements. Il devrait aussi permettre d’identifier ce qui fonctionne, car des dispositifs utiles peuvent être abandonnés lorsque l’attention se porte uniquement sur les problèmes non résolus.

Terminez par une nouvelle version claire du plan. Précisez ce qui se poursuit, ce qui change et qui communiquera la décision. Si une question reste sans réponse, désignez la personne qui en assurera le suivi et indiquez quand une réponse est attendue. La charge de travail devient un sujet de direction lorsque les personnes disposant du pouvoir de décision assument la responsabilité de ces choix. Un soutien individuel peut rester nécessaire, mais l’organisation peut apporter sa propre contribution grâce à des priorités réalistes, à des pouvoirs de décision compréhensibles et à la volonté de réexaminer la manière dont le travail est organisé.

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