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Ressource clinique

Narcissisme et alcoolisme

Le trouble de l’usage de l’alcool et le trouble de la personnalité narcissique peuvent coexister, mais aucun de ces diagnostics n’implique l’autre. Le « narcissisme alcoolique » n’est pas un diagnostic reconnu. L’évaluation doit distinguer les comportements liés à l’alcool, les traits de personnalité, les symptômes thymiques et les autres troubles associés avant de planifier le traitement.

Revu cliniquement parDr. Sarah Boss, MD
Résidence en pierre avec piscine, pelouse et palmiers

Le trouble de l’usage de l’alcool et le trouble de la personnalité narcissique peuvent être présents chez une même personne, mais aucun de ces diagnostics n’implique l’autre. Le « narcissisme alcoolique » et l’« alcoolisme narcissique bipolaire » ne sont pas des diagnostics reconnus. L’évaluation doit distinguer les comportements liés à l’alcool, les traits de personnalité, les symptômes thymiques et tout trouble de santé mentale associé, plutôt que de les regrouper sous une seule étiquette.

Des recherches ont étudié la coexistence du trouble de la personnalité narcissique (TPN) et des troubles de l’usage de substances, mais une association ne démontre pas que l’un de ces troubles cause l’autre [6]. 

Les sections suivantes distinguent les traits narcissiques, le TPN et le trouble de l’usage de l’alcool (TUA), et expliquent pourquoi l’évaluation et le traitement doivent tenir compte du tableau clinique propre à chaque personne.

L’expression « alcoolique narcissique » est une étiquette informelle, et non un diagnostic. Des comportements centrés sur soi et des problèmes d’alcool ne permettent pas d’établir un TPN ; un clinicien doit évaluer les modes de fonctionnement durables de la personnalité séparément des symptômes liés à l’alcool [1,2]. 

Nous examinerons ici le lien entre ces deux troubles, leurs caractéristiques communes ainsi que les similitudes et les différences entre narcissisme et alcoolisme.

Le lien entre trouble de la personnalité narcissique et alcoolisme

Échapper à la souffrance émotionnelle : Le TPN peut s’accompagner d’une vulnérabilité et d’une sensibilité à la critique [1]. Certaines personnes consomment des substances pour faire face à la détresse, mais cette explication ne doit pas être présumée chez toute personne présentant un TPN ou un TUA [3].

Impulsivité et conduites à risque : L’impulsivité n’est pas une caractéristique diagnostique commune au TPN et à l’alcoolisme. Les symptômes qui se recoupent nécessitent une évaluation individuelle [3]. Le TPN implique des modes de fonctionnement durables caractérisés par un sentiment de grandeur, un besoin d’admiration et une altération de l’empathie [1]. Le TUA peut comporter une consommation répétée d’alcool dans des situations dangereuses, mais cela ne permet pas d’établir une motivation narcissique [2].

Les comportements à ne pas confondre avec le TUA

Égocentrisme : Les personnes narcissiques peuvent présenter un sentiment de grandeur ou une altération de l’empathie lorsqu’un TPN est présent [1]. Ces caractéristiques ne définissent pas le TUA, et des problèmes d’alcool ne suffisent pas à en établir la présence [2].

Comportements manipulateurs : L’exploitation d’autrui peut survenir dans le TPN [9], mais la manipulation n’est pas un critère diagnostique du TUA [2]. Il convient d’évaluer les comportements préjudiciables précis, plutôt que de les attribuer à toutes les personnes présentant l’un ou l’autre de ces diagnostics.

Les différences entre narcissisme et alcoolisme

Motivations sous-jacentes : Les causes du TPN ne sont pas entièrement comprises [9]. Le risque de TUA résulte de l’interaction de facteurs génétiques, environnementaux et liés à la consommation d’alcool [2]. Aucun de ces troubles ne possède une cause ou une motivation unique et universelle.

Symptômes principaux : Le TPN se caractérise par un sentiment de grandeur persistant, un besoin d’admiration et une altération de l’empathie [1]. Le TUA correspond à un mode de consommation problématique de l’alcool entraînant une altération du fonctionnement ou une détresse cliniquement significative, évalué selon des critères diagnostiques [2]. Des symptômes de sevrage peuvent survenir, mais ne sont pas indispensables au diagnostic ; la quantité d’alcool consommée ne suffit pas, à elle seule, à établir un TUA.

Les descriptions ci-dessous ne constituent pas une liste de critères validée du « narcissisme alcoolique ». Certaines concernent des caractéristiques du TPN ; d’autres décrivent des comportements non spécifiques qui nécessitent une évaluation distincte [1,2]. 

N’utilisez pas cette liste pour vous diagnostiquer ou diagnostiquer une autre personne.

Sentiment excessif de sa propre importance

Un sentiment exagéré de sa propre importance peut être une caractéristique du TPN ; il ne constitue pas une preuve de TUA [9].

Comportements manipulateurs

Le fait de tirer avantage d’autrui peut survenir dans le TPN, mais un comportement manipulateur ne suffit pas à établir un trouble de la personnalité ou un TUA [9].

Manque d’empathie

Des difficultés à reconnaître les sentiments d’autrui ou à y répondre peuvent survenir dans le TPN. Elles ne doivent pas être présumées chez toutes les personnes ayant des problèmes d’alcool [9].

Recherche d’attention

Un besoin important d’attention et d’admiration peut être présent dans le TPN ; il ne s’agit pas d’un symptôme caractéristique du TUA [9].

Sentiment que tout est dû

Des attentes déraisonnables quant à un traitement de faveur peuvent être présentes dans le TPN. Le sentiment que tout est dû ne suffit pas à établir l’un ou l’autre de ces diagnostics [9].

Exploitation d’autrui

L’exploitation d’autrui fait partie des caractéristiques évaluées dans le TPN, mais les problèmes d’alcool ne permettent pas d’établir une exploitation ou une absence de remords [9].

Impulsivité

L’impulsivité est non spécifique et ne permet pas d’établir un TPN. La consommation d’alcool dans des situations dangereuses et les autres conduites à risque doivent être évaluées dans leur contexte propre [2,3].

Refus d’assumer ses responsabilités

Rejeter la faute sur autrui ou nier les préjudices causés ne constitue pas un test diagnostique du TPN ou du TUA. L’évaluation prend en compte des modes de fonctionnement durables, les symptômes et leurs répercussions, plutôt qu’un comportement isolé [2,7].

Estime de soi fragile

Le TPN peut s’accompagner d’une estime de soi vulnérable et d’une sensibilité à la critique, mais les tableaux cliniques varient [1]. Cela ne permet pas d’établir pourquoi une personne boit.

Conduites à risque

Une consommation répétée d’alcool dans des situations dangereuses peut être un symptôme de TUA. Elle ne démontre pas un TPN ni une recherche d’attention [2].

Si la consommation d’alcool ou des difficultés persistantes liées à la personnalité causent des préjudices, encouragez une évaluation professionnelle. Ni cette liste ni une étiquette informelle ne permettent d’établir un diagnostic [2,7].

Le trouble de l’usage de l’alcool, le trouble de la personnalité narcissique et le trouble bipolaire sont des troubles distincts qui nécessitent une évaluation selon leurs critères respectifs. Les facteurs ci-dessous peuvent être pertinents dans une évaluation individuelle ; ils ne constituent pas cinq causes établies d’un diagnostic combiné. 

Insécurité sous-jacente et estime de soi fragile

Une estime de soi vulnérable peut être pertinente dans l’évaluation d’un TPN [1]. L’éventuel recours à l’alcool pour faire face à la détresse doit être exploré individuellement, et non présumé être au cœur d’un trouble combiné [3].

Traumatismes de l’enfance et blessures émotionnelles

Des antécédents de traumatismes durant l’enfance peuvent accroître la vulnérabilité au TUA [2]. Ils ne permettent pas d’établir un TPN ou un trouble combiné, et un diagnostic ne doit pas conduire à présumer l’existence d’un traumatisme.

Facteurs génétiques et biologiques

Le trouble de l’usage de l’alcool comme les traits de personnalité sont influencés par de multiples facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux. Ils ne doivent pas être expliqués par un unique « déséquilibre neurochimique », et des antécédents familiaux ne signifient pas qu’une personne développera nécessairement l’un ou l’autre de ces troubles. L’évaluation du risque doit prendre en compte les symptômes réels de la personne, son mode de consommation d’alcool, son fonctionnement et ses antécédents.

Influences environnementales et comportements appris

Les habitudes familiales de consommation d’alcool et l’environnement peuvent influer sur le risque de TUA, mais ne permettent pas d’établir une cause du « narcissisme alcoolique » [2]. Les causes du TPN restent incertaines ; l’histoire familiale doit éclairer l’évaluation sans attribuer de faute [9].

Troubles de santé mentale associés

Le trouble de l’usage de l’alcool peut coexister avec des troubles de l’humeur, des troubles anxieux, des troubles liés aux traumatismes et des troubles de la personnalité. Un diagnostic associé doit être établi selon ses propres critères, car l’intoxication, le sevrage et la consommation chronique d’alcool peuvent modifier temporairement l’humeur, le comportement et les fonctions cognitives. Une prise en charge intégrée peut être appropriée lorsque plusieurs troubles sont confirmés.

Le TUA implique-t-il un TPN ?

Non. Le TUA ne permet pas d’établir un TPN ou des traits narcissiques. Aucun de ces diagnostics n’implique l’autre, et les données montrant leur coexistence ne justifient pas de supposer que la plupart des personnes présentant un TUA ont un TPN [2,6].

Le traitement doit prendre en charge le trouble de l’usage de l’alcool et tout trouble associé, évalués séparément. Les options ci-dessous sont individualisées ; il n’existe pas de traitement standard pour un diagnostic appelé « alcoolisme narcissique bipolaire ».

Psychothérapie : un choix guidé par l’évaluation

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une option pour les problèmes liés à l’alcool [16]. Pour les difficultés liées à la personnalité, les approches peuvent inclure la thérapie psychodynamique, choisie selon le diagnostic, les besoins et les préférences, plutôt qu’en fonction d’une étiquette combinée informelle [7]. 

La thérapie peut porter sur les stratégies d’adaptation, la conscience de soi, les comportements et les relations. Les objectifs et les méthodes doivent être individualisés ; aucune approche unique n’est reconnue comme le traitement du « narcissisme alcoolique » [7,16].

Prise en charge du double diagnostic : traiter les troubles associés

Lorsqu’un TUA et un autre trouble mental sont confirmés, des soins coordonnés ou intégrés peuvent prendre en charge les deux. Des traits qui se recoupent ne suffisent pas à établir un second diagnostic [3]. 

Le plan doit prendre en compte chaque trouble confirmé, le calendrier et les priorités du traitement étant guidés par les symptômes, le risque de sevrage et la stabilité clinique. Une prise en charge intégrée ne garantit pas un résultat optimal [3].

Groupes de soutien : créer des liens

Les groupes d’entraide centrés sur l’alcool, tels que les Alcooliques anonymes (AA), peuvent soutenir le rétablissement en cas de TUA. La participation doit tenir compte des préférences et des besoins individuels ; ces groupes ne constituent pas un traitement spécifique du TPN [16]. 

Le soutien par les pairs peut compléter les soins professionnels, mais ne remplace pas l’évaluation médicale ni la prise en charge du sevrage [5,16].

Traitements médicamenteux du trouble de l’usage de l’alcool

Un traitement médicamenteux peut être proposé pour le TUA après évaluation de son adéquation, des contre-indications et des objectifs thérapeutiques ; il ne s’agit pas d’un traitement d’un diagnostic combiné appelé « narcissisme alcoolique » [4]. 

L’acamprosate ou la naltrexone peuvent soutenir le rétablissement en cas de trouble de l’usage de l’alcool lorsqu’ils sont cliniquement adaptés ; ils ne traitent pas le sevrage alcoolique aigu. En cas de dépendance physique, demandez une évaluation médicale avant d’arrêter ou de réduire fortement votre consommation d’alcool. Des convulsions, une confusion sévère, des hallucinations ou d’autres symptômes graves de sevrage nécessitent une prise en charge en urgence. Le traitement médicamenteux doit être prescrit et surveillé par un professionnel de santé qualifié, et un soutien psychosocial approprié doit être proposé. L’absence d’accès à une psychothérapie structurée ne doit pas empêcher l’accès à un traitement médicamenteux adapté du TUA [4].

Prendre soin de soi et adapter son mode de vie : préserver son bien-être

Des repas réguliers, une activité physique adaptée, du repos et des relations soutenantes peuvent favoriser le bien-être général en complément du traitement. Ils ne constituent pas des traitements établis d’un trouble combiné appelé « narcissisme alcoolique » [7]. 

Prendre soin de soi doit compléter, et non remplacer, un traitement approprié du TUA et de tout trouble de santé mentale confirmé [3,7].

La consommation d’alcool d’un partenaire et ses comportements difficiles ou violents peuvent affecter votre bien-être. Ces comportements ne permettent pas d’établir un TPN ou un trouble bipolaire, et un diagnostic n’excuse pas la violence. 

Les suggestions ci-dessous ne remplacent pas un plan de sécurité individuel. En cas de violence, consultez un service confidentiel spécialisé dans les violences conjugales avant toute confrontation ou séparation ; poser des limites ne peut pas garantir votre sécurité. En cas de danger immédiat, appelez les services d’urgence locaux.

Informez-vous : Approfondissez votre compréhension du narcissisme, de l’alcoolisme et de leurs effets sur les relations.

Cherchez du soutien : Tournez-vous vers des groupes de soutien, des thérapeutes ou des amis de confiance qui peuvent vous apporter des conseils et de l’empathie.

Posez des limites : Réfléchissez à vos limites et discutez avec un professionnel de l’accompagnement des moyens de les exprimer en sécurité. Ne confrontez pas votre partenaire si cela risque d’accroître le danger.

Prenez soin de vous : Accordez la priorité aux activités et aux pratiques qui préservent votre santé physique, mentale et émotionnelle.

Gardez des attentes réalistes : vous ne pouvez pas contrôler la consommation d’alcool ou le comportement de votre partenaire. Vous n’êtes pas responsable des violences ; concentrez-vous sur le soutien et les choix qui vous protègent.

Prenez de la distance émotionnelle : Si cela vous est utile, faites-vous aider pour poser des limites émotionnelles. Cette prise de distance ne peut pas garantir votre sécurité ni empêcher les comportements violents d’une autre personne.

Consultez un thérapeute : Une thérapie individuelle peut vous aider à faire face aux émotions complexes et aux difficultés liées à votre situation.

Faites preuve d’empathie : Soyez bienveillant envers vous-même. Vous n’avez pas à expliquer, excuser ou tolérer des comportements préjudiciables au motif qu’un partenaire pourrait avoir des difficultés psychologiques.

Évitez d’entretenir les comportements problématiques : Un professionnel peut vous aider à réfléchir à la manière de réagir aux problèmes liés à l’alcool sans assumer la responsabilité du rétablissement de votre partenaire. Donnez la priorité à votre sécurité lorsque vous l’encouragez à demander de l’aide.

Adoptez une communication saine : Lorsque cela ne présente pas de danger, une communication claire peut aider à exprimer vos préoccupations. Les compétences de communication ne mettent pas fin aux violences et ne vous rendent pas responsable de leur prévention.

Donnez la priorité à votre sécurité : Si le comportement de votre mari devient physiquement ou psychologiquement violent, recherchez une aide professionnelle et donnez la priorité à votre sécurité.

Prenez le temps de l’introspection : Réfléchissez régulièrement à vos émotions, à vos réactions et à vos comportements pour favoriser votre développement personnel et votre conscience de vous-même.

Développez un réseau de soutien : entourez-vous de personnes compréhensives et soutenantes, capables de vous conseiller et de vous encourager.

Posez des limites saines avec les enfants : sollicitez une aide spécialisée pour prévoir des mesures de sécurité et un soutien pour les enfants. La responsabilité des violences incombe à la personne qui les commet.

Reconnaissez la légitimité de votre vécu : Faites confiance à votre intuition, reconnaissez votre valeur et accordez de la légitimité à vos émotions et à vos expériences.

Demandez un avis juridique si nécessaire : Consultez un avocat si vous avez besoin d’examiner vos options juridiques ou de protéger vos droits.

Envisagez d’autres solutions de logement : si vous envisagez de quitter une relation violente, demandez des conseils spécialisés et confidentiels, et prévoyez un lieu sûr où vous rendre. En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence locaux.

Favorisez votre indépendance financière : Si cela vous est utile, demandez des conseils spécialisés et confidentiels sur les options et les aides financières. Planifiez les changements en tenant compte de votre sécurité, en particulier si votre partenaire contrôle ou surveille votre argent.

Consacrez-vous à des loisirs et à des activités bénéfiques : Cultivez des centres d’intérêt qui vous apportent de la joie et vous permettent de vous exprimer.

Entretenez un réseau de soutien : Cultivez des relations avec des amis, des proches et des groupes de soutien qui comprennent vos difficultés et vous apportent un soutien constant.

Le TUA et le TPN sont des troubles distincts qui peuvent coexister. Le « narcissisme alcoolique » n’est pas un diagnostic à part entière, et ni les problèmes d’alcool ni les comportements relationnels difficiles ne permettent d’établir un TPN [1,2,6].

L’évaluation doit distinguer les modes de fonctionnement durables de la personnalité des symptômes liés à l’alcool et des autres difficultés de santé mentale. Les raisons pour lesquelles une personne boit doivent être explorées, plutôt que déduites d’une étiquette [2,3,7].

Le traitement doit prendre en charge le TUA et chaque trouble associé confirmé, selon un plan individualisé. Les soins professionnels, les médicaments lorsqu’ils sont adaptés et le soutien par les pairs peuvent jouer des rôles différents ; aucun ne garantit le rétablissement [3,4,16].

Apportez votre soutien sans réduire les personnes à des étiquettes. Les partenaires et les familles méritent également de l’aide, et la compassion n’exige jamais de tolérer des violences ou de compromettre sa sécurité [7,13].

Ressources

Ce qui est inclus
01

Contexte clinique

Les informations sont présentées clairement en tenant compte des situations complexes et concomitantes.

02

Facteurs individuels

L’évaluation reste essentielle, car les besoins et les risques varient d’une personne à l’autre.

03

Prochaines étapes

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